La Collection 3D
Julien Damoy “Revisited”

1903 – Les voyages en relief

Les éditions stéréoscopiques
Des expériences en 3D, pour voir le monde en profondeur



C’est l’histoire d’une rencontre avec les images en relief… un soir en famille, à but non numérique ! À ce moment précis se produit ce que l’on appelle l’effet « Waouh »…
Cette découverte fit naître en moi une passion dévorante pour la vision en relief.
L’aventure stéréoscopique passe par l’expérience binoculaire, mais elle passe surtout par celle de l’histoire et des objets anciens permettant cette vision.
Ces visionneuses, généralement d’un autre temps, vous transportent dans un univers où le voyage par l’image est nouveau.

L’année 1900 sonne comme un tournant dans l’Histoire. En France, comme ailleurs en Occident, les progrès techniques et la révolution industrielle changent la vie quotidienne.
Il est possible de visiter le monde par l’image en relief
La ville voisine, le pays lointain ou le continent inconnu…

C’est donc cette histoire que je souhaite vous partager dans cette série d’expériences immersives qui utiliseront les outils modernes pour vivre et revivre l’expérience 3D d’hier et d’aujourd’hui.
La Collection 3D Julien Damoy “Revisited”

Julien Damoy fut l’un des créateurs les plus célèbres des magasins à succursales multiples, ce dès la Belle Époque. Né le 31 janvier 1844 à Irreville dans l’Eure, il s’éteignit le 8 mars 1941.
Il se distingua du point de vue artistique par l’édition de nombreuses séries de cartes postales stéréoscopiques, montrant les petits métiers et la vie quotidienne à Paris ou des scènes pittoresques du monde entier, livrées avec plusieurs modèles de stéréoscopes à prismes de belle qualité, en laiton nickelé.
Nous allons ensemble redécouvrir une grande partie de cette collection, que je vous propose sous une forme revisitée en Anaglyphe et en 3D relief.

Julien Damoy (1844-1941) est une figure fascinante de l’histoire de la stéréoscopie. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’était ni un ingénieur en optique, ni un photographe professionnel, ni même un fabricant de matériel photographique. C’était un épicier.
Et plus précisément, l’un des plus grands épiciers de France, précurseur de la grande distribution au même titre que Félix Potin. S’il est resté célèbre dans le monde de la photographie en relief, c’est grâce à son génie du marketing.
Voici comment Julien Damoy a lié son nom à la stéréoscopie au début du XXe siècle.


La stéréoscopie comme outil de fidélisation


Pour attirer et fidéliser les clients dans ses nombreuses succursales (les célèbres Épiceries Julien Damoy), Damoy a eu une idée brillante : utiliser la mode de la photographie en relief comme cadeau publicitaire ou prime d’achat.
Plutôt que d’offrir de simples chromos (des images de collection en couleur), il a édité et distribué sous son nom une immense collection de cartes postales stéréoscopiques. L’idée était redoutablement efficace : pour voir les images en 3D, les familles devaient posséder l’appareil de visionnage, ce qui les encourageait à revenir à l’épicerie pour compléter leur collection d’images.


Les stéréoscopes estampillés “Damoy”


Damoy ne fabriquait pas lui-même le matériel. Il achetait des stéréoscopes à des fabricants existants et les faisait graver à son nom.
Il distribuait notamment des stéréoscopes pliables en métal nickelé (souvent le modèle Omnium).
Ces petits appareils, très élégants, de bonne qualité et faciles à transporter, portaient la mention « Vues Stéréoscopiques Julien Damoy ».

Une encyclopédie visuelle de la Belle Époque


La véritable richesse de l’héritage de Julien Damoy réside dans les images qu’il a éditées (plus de 26 séries de 24 images, soit plus de 600 cartes connues). Ces vues stéréoscopiques constituent aujourd’hui une archive visuelle inestimable de la société française et du monde entre 1900 et les années 1920.


Ses séries de cartes montraient :
La vie quotidienne et les petits métiers : Les rues de Paris, les marchés, les artisans.
L’actualité et les événements : Les grandes inondations de Paris en 1910, les expositions universelles.
Le colonialisme : Il a notamment édité des vues du « village Ashanti » exposé au Jardin d’Acclimatation en 1903.
Le tourisme : Des scènes pittoresques du monde entier et des paysages français.
Ce qu’il faut retenir : L’initiative de Julien Damoy illustre parfaitement ce que nous évoquions plus haut pour l’année 1929. Grâce à des industriels comme lui, la stéréoscopie n’était pas cantonnée aux laboratoires ou aux salles de cinéma, elle trônait sur la table du salon des familles de la classe moyenne. C’était la « télévision » ou l’« internet » de la Belle Époque, un moyen immersif de découvrir le monde sans quitter son fauteuil.


La collection de vues stéréoscopiques de Julien Damoy est aujourd’hui considérée comme un trésor iconographique de la Belle Époque. Bien qu’elle ait été conçue à l’origine dans un but purement commercial, elle constitue une archive visuelle d’une richesse exceptionnelle.
Voici ce qui caractérise cette fameuse collection.


Une opération marketing massive


Comme évoqué précédemment, ces cartes n’étaient pas vendues dans des galeries d’art, mais distribuées dans les épiceries Julien Damoy. Elles fonctionnaient sur le principe de la prime de fidélité : les clients recevaient ces cartes lors de leurs achats de café, de vin ou de denrées coloniales.
Pour inciter les clients à collectionner, Damoy a structuré son offre de manière très rigoureuse. Les cartes n’étaient pas distribuées au hasard, mais organisées en séries numérotées.


Le format et l’ampleur de la collection


La production de Julien Damoy est aujourd’hui bien documentée par les collectionneurs (les « stéréophiles »).
L’inventaire : On recense au moins 26 séries différentes.
La composition : Chaque série comprenait exactement 24 images.
Le total : Cela représente plus de 624 vues stéréoscopiques distinctes éditées sous son nom.
Ces cartes étaient généralement imprimées en héliotypie (un procédé d’impression photomécanique de très bonne qualité) sur un support cartonné standardisé, prêt à être glissé dans le stéréoscope en laiton nickelé (souvent le modèle Omnium) fourni par l’épicier.


Les grands thèmes : Une encyclopédie visuelle


La collection Damoy avait une vocation éducative et divertissante. Elle permettait aux familles bourgeoises et populaires de voyager depuis leur salon. Les séries couvraient une grande variété de sujets :


Thématiques


Exemples de sujets abordés dans les séries
Paris monumental et pittoresque
– La place de la Concorde, les inondations historiques de 1910, les parcs (Jardin d’Acclimatation – Série n°6).
Le tourisme balnéaire et provincial
– Les bains de mer (Étretat, la course des valises), les paysages de France, les monuments régionaux.
L’Empire colonial et l’exotisme
– Des vues d’Alger (Porte de l’ancien Palais du Dey – Série n°5), le village Ashanti reconstitué, les scènes de la vie coloniale.
La vie militaire et l’humour
– Des scènes de caserne souvent humoristiques (ex: “Les bleus pendant la pose”, les corvées), très populaires à l’époque.


Une valeur historique inestimable


Aujourd’hui, ces modestes primes d’épicerie sont activement recherchées par les collectionneurs, les musées (comme le Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme ou le Städel Museum qui en conservent des exemplaires) et les historiens.
L’intérêt ne réside pas dans la virtuosité artistique des photographes (qui restaient souvent anonymes ou dont Damoy rachetait les droits), mais dans la valeur sociologique. La collection Damoy fige en trois dimensions la société française des années 1900-1910 : ses vêtements, son architecture avant les guerres mondiales, son rapport à l’armée, et son regard, souvent stéréotypé et colonialiste, sur le reste du monde.

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